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samedi 25 octobre 2014
vendredi 24 octobre 2014
Texte de Patrick Modiano.... Se souvenir
J'ai connu Francis Jansen quand j'avais dix-neuf ans, au printemps de 1964, et je veux dire aujourd'hui le peu de choses que je sais de lui.
C'était tôt, le matin, dans un café de la place Denfert- Rochereau. Je m'y trouvais en compagnie d'une amie de mon âge, et Jansen occupait une table en face de la nôtre. Il nous observait en souriant. puis il a sorti d'un sac qui était posé sur la banquette en moleskine, à ses côtés, un Rolleiflex. Je me suis à peine rendu compte qu'il avait fixé sur nous son objectif, tant ses gestes étaient à la fois rapide et nonchalants. Il se servait donc d'un Rolleiflex, mais je serai incapable de préciser les papiers et les procédés qu'utilisait Jansen po ur obtenir la lumière qui baignait chacune de ses photos.
Le matin de notre rencontre, je me souviens de lui avoir demandé,par politesse, quel était à son avis le meilleur appareil photo. Il avait haussé les épaules et m'avait confié qu'en définitive il préférait ces appareils en plastique noir que l'on achète dans les magasins de jouets et qui lancent un jet d'eau si l'on presse le déclic.
Il nous avait offert un café et nous avait proposé de nous prendre comme modèles mais cette fois-ci dans la rue. Une revue américaine l'avait chargé d'illustrer un reportage sur la jeunesse à Paris, et voilà, il nous avait choisis tous les deux: c'était plus simple et ça irait plus vite et même s'ils n'étaient pas contents en Amérique,
ça n'avait aucune importance.
Il voulait se débarrasser de ce travail alimentaire.
A notre sortie du café, nous marchions sous le soleil, et je l'ai entendu dire avec son accent léger:
Chien de Printemps.
Écrits sur la crête des vagues
Le flux et le reflux
Mouvements des rouleaux
Sommes étendus.
Étrange le chant élevé des
mouvements réguliers.
Notre accord.
La sève inonde ce caprice
Compter les rayonnements de lune
Les sulfureux regards des étoiles
Compter chaque grain de sable
Que nous foulons dans lune danse rythmée
Rythme échevelé
Bouillonnant cerveau.
Cœur en chamade.
Lettre d’un addict ©christiancazalsleretour
lundi 20 octobre 2014
Testament spirituel du frère Christian, martyre de Tibérine
Testament spirituel du frère Christian
QUAND UN A-DiEU S'ENVISAGE...
S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes laissées dans l'indifférence de l'anonymat. Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui- là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cour à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort ; il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut- être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sours et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !
Incha Allah !
Alger, l décembre 1993.
Tibhirine. l janvier 1994.
jeudi 16 octobre 2014
LE CODE
Le Code
un tiret un point
un chiffre suivi d'un signe
une (...)
parfois un œil
alors tu chantes
le code ouvre la voie
la douceur de ta voix
le code
ta forme languissante.
mardi 14 octobre 2014
MARCHE DE LA CARAVANE DU SEL.
Le troupeau des chèvres bises et des moutons marchaient devant les enfants. Les bêtes aussi allaient sans savoir où, posant leurs sabots sur de traces anciennes. Le sable tourbillonnait entre leurs pattes, s'accrochait à leur toisons sales. Un homme guidait les dromadaires, rien qu'avec la voix, en grognant et en crachant comme eux. Le bruit rauque des respirations se mêlait au vent, disparaissait aussitôt dans le creux des dunes, vers le sud. Mais le vent, la sécheressse, la faim n'avait plus d'importance. Les hommes et le troupeau fuyaient lentement, descendaient vers le fond de la vallée sans eau, sans ombre.
Ils étaient partis depuis des semaines, des mois, allant d'un puits à un autre, traversant les torrents desséchés qui se perdaient dans le sable, franchissant les collines de pierres, les plateaux.
lundi 13 octobre 2014
Oui sentir mon corps dans sa solitude
Oui sentir les fibres se distendre
Oui sentir ce qui bouge au cœur de mes pensées
Oui sentir un sexe solitaire
Oui sentir et voir les fissures internes d’un squelette
Oui sentir et voir le battement sourd de l’organe
Oui sentir et voir celui-ci se dilater
Oui sentir et voir un gonflement douloureux
Oui sentir et voir au seuil des heures ultimes de ma vie
De ma vie que ma volonté tente de prolonger
De ma vie que des larmes inondent parfois
De ma vie que les cris ponctuent ainsi que les chants
tristes
De ma vie que la
forêt assombrit
L’ombre s’étend et remonte le long de mes jambes
L’ombre s’étend et parcourt en frissonnant le crâne chevelu
L’ombre s’étend voûte
les épaules
L’ombre s’étend
courbe la nuque
L’ombre s’étend c’est un poids qui emprisonne les lombes
L’ombre s’étend étreint la gorge
Angoisse d’une journée
Angoisse prison
Angoisse battement du cœur
ANGOISSE.
samedi 11 octobre 2014
MALALA & KAILASHI SATYARTHI PRIX NOBEL DE LA PAIX 2014
| Kailashi Satyarthi & Malala Prix Nobel de la Paix 2014 |
| MALALA |
vendredi 10 octobre 2014
PRÉFACE AUX ŒUVRES DE CIORAN
J' ai écrit ce livre en 1933 à l'age de vingt deux ans dans une ville que j'aimais, Sibiu, en Transylvanie.
J'avais terminé mes études et pour tromper mes parents, mais aussi pour me tromper moi-même je fis semblant de travailler à une thèse. Je dois avouer que le jargon philosophique flattait ma vanité et me faisait mépriser quiconque usait du langage normal. À tout cela un bouleversement intérieur vint mettre un terme et ruiner par là-même tous mes projets.
Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans des rues vides, ou, parfois dans celles qui hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les instants de suprême désarroi. L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli. C'est pendant ces nuits infernales que j'ai compris l'inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c'est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l'esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu'au lit on remâche l'insoluble jusqu'au vertige.
Voila dans quel état j'ai conçu ce livre qui a été pour moi une sorte de libération, d'explosion salutaire. Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais sûrement mis un terme à mes nuits.
Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans des rues vides, ou, parfois dans celles qui hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les instants de suprême désarroi. L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli. C'est pendant ces nuits infernales que j'ai compris l'inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c'est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l'esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu'au lit on remâche l'insoluble jusqu'au vertige.
Voila dans quel état j'ai conçu ce livre qui a été pour moi une sorte de libération, d'explosion salutaire. Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais sûrement mis un terme à mes nuits.
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http://croukougnouche. blogspot.fr/2014/10/11-et-12- octobre-2014-entrez-dans- notre.html
Vous pouvez passer nous voir lors de ce week-end ouvertures de nos ateliers...
Parcours d'artistes orchestré par la MAPRA Rhône Alpes
amicalement!
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jeudi 9 octobre 2014
LE DESERT; J.M.G LE CLEZIO
Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils étaient apparus comme dans un rêve, en haut d'une dune, comme s'ils étaient nés du ciel sans nuage, et qu'ils avaient dans leurs membres la dureté de l'espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la lueur de la Voie Lactée, la lune; ils avaient avec eux leur ombre géante au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés, touchaient, l'horizon inaccessible.
Ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux.
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