lundi 20 octobre 2014

Testament spirituel du frère Christian, martyre de Tibérine


Testament spirituel du frère Christian



QUAND UN A-DiEU S'ENVISAGE...

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays.

Qu'ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes laissées dans l'indifférence de l'anonymat. Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui- là qui me frapperait aveuglément.


J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cour à qui m'aurait atteint.


Je ne saurais souhaiter une telle mort ; il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.


C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut- être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.


L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.


Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sours et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !


Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !


Incha Allah !


Alger, l décembre 1993.

Tibhirine. l janvier 1994. 

Sous la Tente MAURITANIENNE

jeudi 16 octobre 2014

LE CODE



Le Code


un tiret un point
un chiffre suivi d'un signe
une (...)
parfois un œil
alors tu chantes
le code ouvre la voie
la douceur de ta voix

le code

ta forme languissante.

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mardi 14 octobre 2014

MARCHE DE LA CARAVANE DU SEL.

Le troupeau des chèvres bises et des moutons marchaient devant les enfants. Les bêtes aussi allaient sans savoir où, posant leurs sabots sur de traces anciennes. Le sable tourbillonnait entre leurs pattes, s'accrochait à leur toisons sales. Un homme guidait les dromadaires, rien qu'avec la voix, en grognant et en crachant comme eux.  Le bruit rauque des respirations se mêlait au vent, disparaissait aussitôt dans le creux des dunes, vers le sud. Mais le vent, la sécheressse, la faim n'avait plus d'importance. Les hommes et le troupeau fuyaient lentement, descendaient vers le fond de la vallée sans eau, sans ombre.
Ils étaient partis  depuis des semaines, des mois, allant d'un puits à un autre, traversant  les torrents desséchés qui se perdaient dans le sable, franchissant les collines de pierres, les plateaux.



PETIT  DROMADAIRE

Le troupeau mangeait les herbes maigres, les chardons, les feuilles d'euphorbe qu'il partageait avec les .hommes. Le soir quand le soleil était prés de l'horizon et que l'ombre des buissons s'allongeait démesurément, les hommes et les bêtes cessaient de marcher. Les hommes déchargeaient les chameaux, construisaient la grande tente de laine brune, debout sur son unique poteau en bois de cèdre. Les femmes allumaient le feu, préparaient la bouillie de mil, le lait caillé, le beurre, les dattes. La nuit venait très vite, le ciel immense et froid s'ouvrait au-dessus de la terre éteinte.
Alors les étoiles naissaient.

lundi 13 octobre 2014

Oui sentir mon corps dans sa solitude
Oui sentir les fibres se distendre
Oui sentir ce qui bouge au cœur de mes pensées
Oui sentir un sexe solitaire
Oui sentir et voir les fissures internes d’un squelette
Oui sentir et voir le battement sourd de l’organe
Oui sentir et voir celui-ci se dilater
Oui sentir et voir un gonflement douloureux
Oui sentir et voir au seuil des heures ultimes de ma vie
De ma vie que ma volonté tente de prolonger
De ma vie que des larmes inondent parfois
De ma vie que les cris ponctuent ainsi que les chants tristes
De ma vie que  la forêt assombrit
L’ombre s’étend et remonte le long de mes jambes
L’ombre s’étend et parcourt en frissonnant le crâne chevelu
L’ombre s’étend  voûte les épaules
L’ombre s’étend  courbe la nuque
L’ombre s’étend c’est un poids qui emprisonne les lombes
L’ombre s’étend étreint la gorge
Angoisse d’une journée
Angoisse prison
Angoisse battement du cœur

ANGOISSE.

vendredi 10 octobre 2014

PRÉFACE AUX ŒUVRES DE CIORAN




J' ai écrit ce livre en 1933 à l'age de vingt deux ans dans une ville que j'aimais, Sibiu, en Transylvanie.
J'avais terminé mes études et pour tromper mes parents, mais aussi pour me tromper moi-même je fis semblant de travailler à une thèse. Je dois avouer que le jargon philosophique flattait ma vanité et me faisait mépriser quiconque usait du langage normal. À tout cela un bouleversement intérieur vint mettre un terme et ruiner par là-même tous mes projets.
Le phénomène capital, le désastre par excellence est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures je me promenais la nuit dans des rues vides, ou, parfois dans celles qui hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les instants de suprême désarroi. L'insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. tout est préférable à cet éveil permanent, à cette absence criminelle de l'oubli. C'est pendant ces nuits infernales que j'ai compris l'inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c'est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l'esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu'au lit on remâche l'insoluble jusqu'au vertige.
Voila dans quel état j'ai conçu ce livre qui a été pour moi une sorte de libération, d'explosion salutaire. Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais sûrement mis un terme à mes nuits.  
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http://croukougnouche.blogspot.fr/2014/10/11-et-12-octobre-2014-entrez-dans-notre.html

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PETITES HISTOIRES SANS IMPORTANCE:
www.croukougnouche.blogspot.fr



jeudi 9 octobre 2014

LE DESERT; J.M.G LE CLEZIO

Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils étaient apparus comme dans un rêve, en haut d'une dune, comme s'ils étaient nés du ciel sans nuage, et qu'ils avaient dans leurs membres la dureté de l'espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la lueur de la Voie Lactée, la lune; ils avaient avec eux leur ombre géante au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés, touchaient, l'horizon inaccessible.
Ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux.

PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE

Modiano, «une œuvre éminemment importante dans la France d'aujourd'hui»
PATRICK MODIANO


MODIANO une œuvre importante dans la France d'aujourd'hui.


Voir la vidéo de Claire DEVARRIEUX dans Libération

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mercredi 8 octobre 2014

LE DÉSERT de J.M.G.LE CLÉZIO ( Suite )

Ils continuaient à descendre lentement la pente vers le fond de la vallée en zigzaguant quand le sable s'éboulait sous leurs pieds. Les hommes choisissaient sans regarder l'endroit ou leurs pieds allaient se poser. C'était comme s'ils cheminaient sur des traces invisibles qui les conduisait vers l'autre bout de la solitude, vers la nuit. Un seul d'entre eux portait un fusil, une carabine à pierre au long canon de bronze noirci. Il la portait sur sa poitrine, serrée entre ses deux bras, le canon dirigé vers le haut comme la hampe d'un drapeau. Ses frères marchaient à côté de lui, enveloppés dans leurs manteaux, un peu courbés en avant sous le poids de leurs fardeaux.
Sous leurs manteaux, leurs habits bleus étaient en lambeaux, déchirés par les épines, usés par le sable. Derrière le troupeau exténué, Nour, le fils de l'homme au fusil, marchait devant sa mère et ses sœurs. Son visage était sombre, noirci par le soleil, mais ses yeux brillaient, et la lumière de son regard était presque surnaturelle.
LE GRAND BAOBAB (en pensant à Catherine Athénaïs)

ROMÉO / C