vendredi 23 mars 2012

Jackson BROWNE

ORIGINE DU MOT ( Pensée de Pascal QUIGNARD )

J'aurai passé ma vie à chercher des mots qui me faisait défaut. Qu'est ce qu'un littéraire? Celui pour qui les mots défaillent, bondissent, fuient, perdent sens. Ils tremblent toujours un peu sous la forme étrange qu'ils finissent par habiter. Ils ne disent ni ne cachent: ils font signe sans repos. Un jour que je cherchais dans le dictionnaire Bloch et Wartburg l'origine du mot de corbillard je découvris un coche d'eau qui transportait des nourrissons. Je me rendis le lendemain à la Bibliothèque nationale qui se trouvait alors rue de Richelieu, dans le II° arrondissement de Paris, dans l'ancien palais qu'occupait jadis le cardinal Mazarin. Je consultai une histoire des ports. Je notai trois dates: 1595, 1679, 1690. En 1595 les corbeillats arrivaient à Paris le mardi et le vendredi. Les mariniers les délestaient tout d'abord du fret puis ils débarquaient les nourrissons serrés dans leur maillot, fichés tout droit dans leur logette sur le pont; ils les posaient sur des tonneaux sur la grève; les petits bébés entravés étaient restitués ensuite un à un à leur mère par un homme qu'on appelait le meneur de nourrissons. Dés l'aube, le lendemain- c'est à dire tous les mercredis et les samedis- les corbeillats transportaient de Paris à Corbeil d'autres petits afin qu'ils tètent le sein et sucent le lait des nourrices dans la campagne et la forêt. En 1679 Richelet écrivait corbeillard. En 1690 Furetière écrivait corbillard et le définissait: Coche d'eau qui mène à Corbeil petite ville à 7 lieuës de Paris. C'est ainsi que le corbillard, du temps où vivaient à Paris Malherbe, Racine, Esprit, La Rochefoucauld, La Fayette, La Bruyère, Sainte- Colombe, Saint - Simon, était un bateau de nourrissons qui voguait sur la Seine, longeant les berges, hurlant.

dimanche 18 mars 2012

Lecture de l'œuvre de PASCAL BRUCHNER

Écoute ma souffrance

"C'est dur d'être noir. Vous n'avez jamais été noir? Je l'étais autrefois quand j'étais pauvre."
Larry HOLMES 

Ancien champion du monde de boxe poids lourd




jeudi 15 mars 2012

TYRANNIE DE LA PENITENCE - Pascal BRUCHNER.

Essai sur le Masochisme Occidental.



 
J’ai trop bu le sang noir des morts. ( Michelet )



<< Nous sommes dans un temps où les hommes, poussés par de médiocres et de féroces idéologies, s’habituent à avoir honte de tout.
Honte d’eux – mêmes, honte d’être heureux, d’aimer et de créer.
Il faut donc se sentir coupable. Nous voilà traînés au confessionnal laïque, le pire de tous. >>

                                                                Albert CAMUS, in Actuelles.
        Ecrits politiques, 1948

L’aide de Michelet et d’Albert Camus pour aider ma réflexion sur La tyrannie de la Pénitence, après  la lecture du livre de Pascal Bruchner.

dimanche 11 mars 2012

dimanche 4 mars 2012

L' Usure du temps. ( Les mois d'hiver et de gel )

Et voila le résultat de quelques mois d'hiver, d'un enfermement quasi monacal, et d'une nourriture sans apport de vitamine, d'un arrosage succin.
Maintenant je suis dans un rayon de soleil qui devient vivifiant au fil des jours.

Un grand espoir. Et bientôt les feuilles du mandarinier renaîtront, et les petits fruits mordorés seront à l'origine de
la confiture des fées.



LA RUELLE DES MORTS ( Hubert Félix THIEFAINE )

vendredi 2 mars 2012

DES LARMES...








Des larmes. Elle se tait longtemps. Elle pleure.
Elle dit qu'elle se souvient surtout du ciel rouge à travers les rideaux fermés de la chambre de l'hôtel des Roches où elle faisait l'amour avec un jeune étranger qu'elle ne connaissait pas, qui avait les yeux bleus et les cheveux noirs.
Il pleure à son tour. Il se tait. Il va loin d'elle.
Elle dit qu'il y a beaucoup d'étrangers qui viennent en été dans cette station pour apprendre le français, qu'ils ont toujours les cheveux noirs et quelquefois les yeux bleus. Elle ajoute: Et le teint mat comme certains Espagnols, vous avez remarqué? Il a remarqué, oui.
Il lui demande si à un certain moment de la nuit, près d'elle,  dans le hall, il n'y avait pas eu cependant, pendant très peu de temps, à peine quelques secondes, un autre très jeune homme habillé de blanc, un autre jeune étranger aux yeux bleus cheveux noirs. Elle demande:
- Vous dites : en blanc?
- Je ne suis plus sûr de rien, il me semble, en blanc, oui. Beau.
Elle le regarde, c'est elle qui demande :
- Qui est-il ?
- Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais su.
- Et pourquoi serait- il étranger ?
Il ne répond pas. Elle pleure, elle lui sourit dans les larmes...

mardi 28 février 2012

LA MAISON AFRICAINE

Création de Guylaine PERRIN
photo BOUCHERIF


Entre Sahel et contreforts montagneux envahis de brousse et parsemés de flaques d'eau saumâtre, elle abrite la famille de Griot Sambu. Les enfants, les deux épouses, quelques chèvres qui se nourrissent des basses branches des épineux, l'âne chétif au ventre rebondi, les yeux envahis de mouches, les sabots des pattes recouverts de boue sèche.
Chaque matin, le jour pointe à peine et les oiseaux des marées débutent leur chant mystérieux, Griot Sambu pousse la porte de planches disjointes et s'achemine vers le sommet de la colline.
Là, sous l'arbre à palabre, il écoutera chacun, prodiguera ses conseils et les poudres médicinales confectionnées à base de plantes
du désert. 
Le soir il reviendra goûter la fraîcheur de la maison africaine.

L'ANGE ETRANGE

Cette nuit un sommeil agité, des fortifications et des bruits de bottes, un ange étrange est venu me visiter et s'est déposée une musique triste dans mon cerveau fatigué.


*


dimanche 26 février 2012

Fernando PESSOA. MAGNIFICAT/ Poésie d'Alvaro de Campos.

MAGNIFICAT.

Quand donc passera cette nuit interne, l'univers,
et moi, mon âme, aurai-je mon jour?
Quand vais-je m'éveiller de mon état de veille?
Je ne sais. Le soleil brille haut,
Impossible à regarder en face.
Les étoiles clignotent froid,
impossible à compter.
Le cœur bat aliéné,
impossible à écouter.
Quand passera ce drame sans théâtre,
ou ce théâtre sans drame,
et quand rentrerai-je au logis?
Où? Comment? Et quand?
Chat qui me fixes avec des yeux de vie, que caches-tu au
fond?
C'est lui! C'est lui!
Lui qui tel Josué arrêtera le soleil et moi je m'éveillerai;
et alors il fera jour.
Souris, en dormant, mon âme!
Souris, mon âme, il fera jour!